[INTERVIEW] Akila - Philippe Obry

Philippe Obry from Akila discussing digital innovation in China

Akila : l’IA appliquée au bâtiment, entre jumeaux numériques et souveraineté technologique

La Chine est aujourd’hui l’un des leaders mondiaux en matière d’intelligence artificielle. Quels sont, selon vous, les facteurs qui expliquent cette position ? 

La Chine fait effectivement partie des grands leaders dans le domaine. Le patron de Nvidia a récemment souligné que la Chine représente à elle seule 50 % des forces et des compétences mondiales en IA. Son positionnement est d’ailleurs très proche de celui des États-Unis, notamment en raison de l’effet de volume et des investissements massifs réalisés dans cette filière. 

Et du côté d’Akila, comment l’intelligence artificielle s’intègre-t-elle dans votre modèle ? 

Notre positionnement chez Akila est clair : nous cherchons à mettre l’IA au service des métiers, avec une application concrète dans des secteurs bien définis. Aujourd’hui, les grands développements en IA concernent principalement des briques technologiques fondamentales. Notre rôle est de les décliner de manière opérationnelle pour générer de la valeur métier et de l’intelligence sectorielle. Dans notre cas, cela concerne le building et le facility management : comment optimiser un bâtiment, améliorer le confort et la sécurité des occupants, ou encore contribuer à la productivité d’un site industriel. Dès la création d’Akila, nous avons cherché à combiner le savoir-faire d’exploitation de notre maison mère, Aden, avec des technologies de pointe, articulées autour de deux piliers complémentaires : le digital twin et l’IA. 

Pouvez-vous préciser comment ces deux technologies interagissent ? 

Le digital twin, c’est un jumeau numérique dynamique du bâtiment, dans toute sa complexité. Il s’agit d’une représentation 3D intégrant matériaux, équipements et systèmes en place. En collectant des données à travers ce modèle, nous sommes capables de mieux comprendre le fonctionnement d’un bâtiment, d’identifier des leviers d’optimisation et de prioriser les actions à mener sur l’ensemble d’un portefeuille immobilier. Le tout dans une logique de performance durable, en réduisant l’empreinte carbone. Il faut rappeler que le bâtiment est l’un des secteurs les moins digitalisés. Nous sommes à un moment de transformation où les équipes sur le terrain n’ont pas toujours l’expérience en matière d’efficacité énergétique. C’est précisément là que l’IA intervient, avec des analyses automatiques de la data, des recommandations générées via des outils de NLP (Natural Language Processing), et à terme, la capacité à assister la décision, voire à automatiser certaines actions à l’échelle d’un bâtiment ou d’un portefeuille d’actifs. 

En quoi l’IA peut-elle aider à sécuriser la valeur financière des actifs immobiliers ? 

En analysant les données d’exploitation et en produisant des recommandations pertinentes, l’IA permet aux grands propriétaires d’assets de mieux orienter leurs investissements. Elle contribue ainsi à maintenir, voire à augmenter, la valeur financière de leurs biens, en assurant leur performance technique, environnementale et économique. 

Quelles sont les perspectives du marché chinois de l’IA ? 

La Chine suit un plan stratégique de longue date. Lorsqu’un objectif est fixé pour 2030, on peut raisonnablement penser qu’il sera atteint. On observe d’ailleurs une mobilisation de géants comme Tencent ou Huawei, qui investissent dans le software et le hardware pour rendre l’IA plus accessible et rentable. On peut également citer Deepseek, qui a su développer en un temps record un modèle concurrent d’OpenAI, à un prix très compétitif. 

Vos solutions sont-elles adaptées au contexte technologique chinois ? 

Oui, nos applications sont conçues pour être agnostiques : nous adaptons les IA utilisées selon les spécificités locales. Dès notre arrivée en Chine, nous avons anticipé les enjeux de souveraineté technologique en développant une infrastructure dédiée. Nos applications sont ainsi totalement compatibles avec les standards locaux, ce qui est essentiel dans un environnement où le cloisonnement technologique devient une réalité. 

Comment jugez-vous l’écosystème français de l’IA en Chine ? 

Il est encore modeste en taille, mais il se distingue par sa présence dans des domaines d’excellence comme la santé, la ville durable ou le software. Notre force repose sur un savoir-faire reconnu, notamment en mathématiques. L’enjeu est désormais de valoriser cette expertise dans un maximum de secteurs industriels. L’action de l’Équipe France — incluant l’Ambassade, Business France, la CCI France Chine, les CCE, etc. — est essentielle pour fédérer et faire rayonner les acteurs français de l’IA dans l’écosystème chinois.

National - 08Connexions100_dossier_Akila.pdf - All Documents

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